Une étude rétrospective américaine montre que la vaccination maternelle contre le VRS et les anticorps monoclonaux sont tout aussi efficaces pour protéger les nourrissons

La revue Jama Network Open a publié les résultats d’une étude qui avait pour objectif d’évaluer l’efficacité relative (ER) du vaccin maternel ABRYSVO administré entre la 32e et la 36e semaine de gestation par rapport au nirsevimab (BEYFORTUS) administré aux nourrissons au cours de ses 7 premiers jours de vie, dans la prévention des infections à VRS et des hospitalisations associées, chez les nourrissons nés à terme durant les saisons VRS 2023-2025.

Il s’agit d’une étude de cohorte rétrospective portant sur des nourrissons nés au sein du système de santé intégré Kaiser Permanente Northern California (KPNC) durant les périodes allant du 3 décembre 2023 au 30 mars 2024, ou du 29 septembre 2024 au 15 mars 2025. Les nourrissons protégés par le vaccin maternel ABRYSVO ont été appariés à ceux ayant reçu le BEYFORTUS, selon une méthode d’appariement optimal (jusqu’à 1:5), avec ajustement sur la semaine de naissance, le sexe et des facteurs maternels. Chaque groupe a également été comparé à des nourrissons sans protection, ces derniers étant appariés aux nourrissons des groupes ABRYSVO et BEYFORTUS (jusqu’à 1:10).

Le critère de jugement principal était l’infection par le VRS confirmée par PCR. Le critère de jugement secondaire était l’hospitalisation liée au VRS, définie comme une infection par le VRS confirmée par PCR survenant dans les 10 jours précédant ou les 7 jours suivant une hospitalisation. Le suivi des nourrissons a débuté à l’âge de 8 jours et s’est poursuivi jusqu’à l’âge de 180 jours, jusqu’à la fin de la saison du VRS, ou jusqu’à ce que les critères d’exclusion soient remplis, selon la première de ces éventualités.

RESULTATS

15 124 nourrissons ont été appariés pour l’analyse principale (comparaison ABRYSVO / BEYFORTUS) et 17 533 ont été appariés pour l’analyse secondaire (ABRYUSVO contre BEYFORTUS contre absence de protection). Dans l’analyse principale, 7 729 nourrissons (51,1 %) étaient de sexe masculin ; 6 280 (41,5 %) étaient nés de mères âgées de 30 à 34 ans ; 4 812 (31,8 %) étaient nés de mères d’origine asiatique, 4 160 (27,5 %) de mères hispaniques et 4 457 (29,5 %) de mères blanches.

ABRYSVO versus BEYFORTUS : Sur les 15 124 nourrissons appariés, 146 (0,97 %) ont présenté une infection par le VRS (106 sur 11 293 [0,94 %] dans le groupe ABRYSVO ; 40 sur 3 831 [1,04 %] dans le groupe BEYFORTUS) et 12 (0,08 %) ont été hospitalisés pour une infection par le VRS (respectivement 7 [0,06 %] et 5 [0,13 %] dans les groupe ABRYSVO et BEYFORTUS). L’ER était de −5,3 % (IC à 95 % : −44,8 % à 23,4 %) contre l’infection par le VRS et de 61,5 % (IC à 95 % : −10,8 % à 86,7 %) contre l’hospitalisation liée au VRS.

ABRYSVO et BEYFORTUS par rapport à l’absence de protection : Sur les 17 533 nourrissons inclus dans les groupes appariés, 233 (1,33 %) ont présenté une infection par le VRS (103 sur 10 613 [0,97 %] dans le groupe ABRYSVO ; 40 sur 3 673 [1,09 %] dans le groupe BEYFORTUS ; et 90 sur 3 247 [2,77 %] chez les nourrissons non protégés). De même, 27 nourrissons (0,15 %) ont été hospitalisés en raison du VRS (respectivement 7 [0,07 %], 5 [0,14 %] et 15 [0,46 %] dans les groupes ABRYSVO, BEYFORTUS et non protégé) Par rapport à l’absence de protection, l’ER d’ABRYSVO était de 69,3 % (IC à 95 % : 59,9 % à 76,6 %) contre l’infection et de 86,4 % (IC à 95 % : 66,4 % à 94,5 %) contre l’hospitalisation ; l’ER du BEYFORTUS était de 65,2 % (IC à 95 % : 51,0 % à 75,4 %) contre l’infection et de 73,8 % (IC à 95 % : 33,4 % à 89,7 %) contre l’hospitalisation.

Risque d’hospitalisation liée au VRS parmi les cas survenus malgré la protection : Huit nourrissons sur 107 protégés par ABRYSVO (7,5 %) ont été hospitalisés, contre 5 sur 40 nourrissons protégés par le BEYFORTUS (12,5 %). Aucune différence statistiquement significative n’a été observée entre les deux groupes.

COMMENTAIRES

L’étude n’a révélé aucune différence significative de la vaccination maternelle ou du BEYFORTUS chez le nourrisson en matière de protection contre les infections à VRS ayant nécessité un recours aux soins médicaux ou une hospitalisation. 

Les auteurs constatent que leurs résultats diffèrent ce ceux d’une vaste étude rétrospective menée en France  sur la saison 2024-2025, qui suggérait que le BEYFORTUS était plus efficace que la vaccination maternelle pour prévenir les hospitalisations liées au VRS chez le nourrisson. Dans leur discussion ils notent que l'étude française ne couvrait qu’une seule saison et que le suivi s’était achevé en février 2025, à une période où le VRS circulait encore, tant en Europe qu’aux États-Unis, et que l’étude n’a pas ajusté les résultats en fonction de la race et/ou de l’appartenance ethnique, et ce, malgré des différences significatives dans le recours au vaccin ABRYUSVO et au BEYFORTUS, ainsi que dans la survenue d’infections à VRS, selon les groupes démographiques. Ils estiment que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer si ces différences entre les populations expliquent les résultats divergents observés dans ce contexte par rapport aux nôtres.

Les auteurs reconnaissent plusieurs limites à leur étude :

  • Une mauvaise classification si des nourrissons ont reçu du BEYFORTUS ou ont reçu un diagnostic d’infection par le VRS en dehors du système KPNC ;
  • L’impossibilité de prendre en compte toutes les différences entre les individus ayant opté pour la vaccination maternelle par ABRYSVO et ceux ayant choisi l’administration de BEYFORTUS au nourrisson :
  • Une absence d’ajustement en fonction des comportements en matière de recours aux soins de santé ;
  • L’impossibilité de généraliser les résultats aux nourrissons nés prématurément ;
  • La population inclue dans l’étude pourrait ne pas être pleinement représentative des populations non assurées, ou de celles assurées en dehors du KPNC, aux États-Unis ou ailleurs ;
  • Les effectifs des nourrissons dans chaque groupe de traitement différent sensiblement ;
  • Compte tenu du faible nombre d’événements survenus au cours des deux saisons couvertes par l’étude, celle-ci disposait d’une puissance limitée pour détecter de faibles écarts en matière d’ER, y compris au sein de sous-groupes.

Les auteurs concluent que leurs résultats confortent les recommandations actuelles en vigueur aux États-Unis, qui préconisent soit la vaccination maternelle par ABRYSVO, soit l’administration de BEYFORTUS au nourrisson, afin de protéger tous les nourrissons contre le VRS.

Source : Jacobson KB et al. Maternal Vaccination vs Nirsevimab Use and Respiratory Syncytial Virus Infection Among Full-Term Infants. JAMA Netw Open. Published Online: October 24, 2026. 2026;9;(10):e2636760. doi:10.1001/jamanetworkopen.2026.36760

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